Se soigner, s’informer et se ressourcer

L’association SPS invente le premier lieu privilégié et dédié à tous les professionnelles de la santé et étudiants pour se soigner et améliorer leur mieux-être. Située au sein de la Maison des Chirurgiens-Dentistes Libéraux d’Île-de-France, la Maison des soignants offre une expérience originale pour se soigner, se former, s’informer et se ressourcer.

Inaugurée le 31 août dernier à Paris, la Maison des Soignants devient le premier lieu entièrement dédié à l’amélioration du mieux-être des professionnels de la santé. De nombreuses stands et associations étaient présent. Le programme est disponible ici.

Retrouvez le discours d’ouverture du Dr Thomas-Olivier Mcdonald, président de l’URPS des Chirurgiens-Dentistes d’Île-de-France.

Madame la Présidente du Conseil régional

Mesdames, messieurs les Présidents des Conseils régionaux des Ordres, mesdames, messieurs les Présidents des Unions régionales des professionnels de santé, mesdames, messieurs les Présidents de Conseils départementaux des Ordres, monsieur le Président de Soins aux professionnels de santé, mesdames, messieurs en vos grades et qualités,

Chères consœurs, chers confrères,

C’est un très grand honneur pour moi de vous accueillir toutes et tous ici, dans les locaux de l’URPS des chirurgiens-dentistes de la région Ile de France, pour cette journée portes ouvertes à la maison des soignants.

Cette maison des soignants est une initiative de l’association « Soins aux professionnels de santé » visant à créer un espace dédié aux mieux-être des professionnels de santé.

Quelques mots pour rappeler que, constituée en 2015, l’association SPS vient en aide aux professionnels de la santé en souffrance au travail et aux étudiants, agit en prévention pour leur mieux-être, réalise des enquêtes, met en œuvre des actions et développe des outils innovants pour améliorer la qualité de vie des étudiants et professionnels de la santé, prévenir et protéger leur santé, optimiser leur activité et la prise en charge des patients.

Je n’en dirai pas davantage car je n’aurai pas la prétention de parler aussi bien de ce sujet que vous, mais je peux en revanche vous parler de ce que je connais : de la souffrance de mes consœurs et de mes confrères.

Mes propos vont vous surprendre. Peut-être vont-ils vous déranger, voire vous choquer. Cependant, je n’arrive pas à me réjouir de la création de cette maison des soignants.

Pourquoi me direz-vous ?

Et bien, parce qu’au travers de cette maison des soignants, je vois l’expression d’un besoin, celui issu de la détresse de mes collègues, consœurs et confrères que je préférerais ne pas voir exister.

Après le décès d’un interne à Reims en février dernier, l’intersyndicale des internes (ISNI) dénonçait que c’était dix à vingt internes en médecine qui mettaient fin à leurs jours chaque année.

Une enquête réalisée par les deux grands syndicats d’internes en médecine dévoilait que 23,7% des répondants avait déclaré avoir déjà eu des idées suicidaires.

En mai dernier, l’Ordre infirmier rendait publics les résultats d’une enquête selon laquelle 40% des infirmiers indiquait que la crise leur a donné envie de changer de métier.

Le mythe de l’invincibilité des soignants est tombé.

Car il faut le dire, pendant trop longtemps le proverbe populaire consistant à dire que les « cordonniers sont les plus mal chaussés » s’est appliqué aux professionnels de santé.

Nous sommes toutes et tous tournés vers les autres plus que vers nous. Exercer une profession de santé, c’est faire le choix de s’occuper des autres. C’est faire le choix de l’empathie, de la générosité et parfois du don de soi.

Les professionnels de santé, ce sont des femmes et des hommes qui sont passionnés par leur métier.

Des métiers qui demandent engagement, responsabilité et abnégation.

Mais nous sommes toutes et tous faillibles, au même titre que nos patients.

Nous avons trop longtemps tu nos faiblesses, nos souffrances, nos doutes, parfois par ignorance, insouciance ou inconscience, mais souvent par pudeur ou même par honte…

Mais comment en sommes-nous arrivés à une telle détresse ?

Les causes sont à rechercher dans les évolutions de la société et des comportements.

Un temps consacré aux soins en constante diminution au profit de tâches administratives toujours plus nombreuses, une distribution territoriale de l’offre de soins fortement inégale et qui manque de discernement faisant peser sur certains une charge de travail titanesque, des horaires de travail démentiels, une concurrence déloyale exercée par des structures de soins telles que les centres de santé dentaires fortement déréglementés en comparaison avec l’exercice libéral alors que nous exerçons le même métier, des contrôles toujours plus intrusifs de la part des Administrations, parfois justifiés mais souvent infondés, de surcroit pas toujours respectueux des droits de la défense, une judiciarisation des relations avec les patients…

Ces exemples traduisent le parasitisme qui affecte quotidiennement l’exercice des professionnels de santé.

Un parasitisme qui réduit nécessairement de temps disponible consacré aux soins alors que les besoins sont pourtant croissants.

Il s’en suit une fatigue, un épuisement professionnel, un sentiment d’angoisse et d’oppression.

De plus, depuis quelques années de nouveaux maux sont apparus : harcèlement, insultes, menaces, agressions, vandalisme, vols…

La crise sanitaire que nous traversons a exacerbé ces comportements d’une rare violence.

D’ailleurs, je garde encore en mémoire les dégradations subies par une pharmacie nancéenne en juillet dernier à l’occasion d’une manifestation contre le passe sanitaire. La pharmacienne de cette officine exprimait avoir été choquée par la violence extrême des manifestants. Violence que je condamne fermement et j’en profite pour exprimer la solidarité de notre URPS envers tous les professionnels de santé qui œuvrent quotidiennement, sans relâche depuis maintenant 18 mois, pour aider à faire sortir notre pays de cette crise sanitaire.

C’est malheureusement cela aussi l’exercice d’une profession de santé aujourd’hui.

Tous ces faits participent à un lent et inexorable mouvement de dégradation de la santé mentale de nos consœurs et confrères qui rend leur quotidien difficile, pesant jusqu’à le rendre insupportable au point de commettre parfois l’irréparable.

C’est pourquoi, les chirurgiens-dentistes libéraux de la région Ile de France ne peuvent rester insensible à la création de cet îlot de paix et de sérénité que constitue la maison des soignants.

C’est d’ailleurs une fierté pour notre URPS d’accueillir dans ses locaux cette belle initiative. Elle suscite beaucoup d’espoir.

L’espoir d’un avenir meilleur pour les professionnels de santé en général et pour les chirurgiens-dentistes libéraux en particulier.

Mais si ce remède à nos maux est le bienvenu, ne nous trompons pas, il faudra un jour s’attaquer à leur cause. Nous attendons ici beaucoup des pouvoirs publics.

Nous avons besoin de retrouver la sérénité que requiert l’exercice de notre art.

La vocation des professionnels de santé est d’accompagner nos concitoyens dès la naissance, les soigner, les guérir, les sauver. C’est une fierté pour toutes et tous. Nous sommes des acteurs de la vie. Faites en sorte de la rendre meilleure pour eux aussi.

Je vous remercie.

Docteur Thomas-Olivier McDonald – Président URPS d’Île-de-France

Les photos de l’évènement sont disponible ici : Photos de la journée portes ouvertes

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